Chris Bourgue
Chris Bourgue

Les Portes

 

Je ne sais pourquoi je me souviens du titre d’une pièce de théâtre, ou plutôt d’une saynète, vue quand j’étais enfant et qui s’appelait : « Il faut qu’une porte soit ouverte ou fermée ». Il survient aujourd’hui où je m’interroge sur la sensation qui m’a conduite à nommer une nouvelle pièce « Porte », bientôt suivie d’une série. Je ne pouvais indéfiniment rester « au pied des murs » : la nécessité de trouées m’était devenue évidente.

Souvent, si l’on suit un mur dans la campagne ou les quartiers excentrés des villes, on se trouve nez à nez avec des portes. La porte est franchissable ou elle ne l’est pas.

Si elle ne l’est pas, cela peut signifier qu’elle est fermée, ou que la clé en est perdue, ou que la rouille empêche tout mouvement de la charnière ou que la végétation est si fournie que la porte s’en trouve entravée.

Quoiqu’il en soit, il arrive que certaines portes me donnent irrésistiblement envie de les ouvrir ou du moins qu’un élan me fasse regarder par la serrure ou à travers la grille pour tenter d’apercevoir ce qu’il y a de l’autre côté : cour, jardin, une partie d’intimité que l’on aura tenté de préserver.

Notre carrière, au sens où Montaigne l’entendait, est jalonnée de portes réelles ou fictives comme autant d’obstacles à franchir après avoir répondu aux énigmes d’un sphinx ambigu.

Certes, une porte fermée peut signifier refus, dédain, interdiction.
Mais pour moi, elle est surtout promesse, lieu essentiel d’initiation, du passage. Invitation au partage, à l’exultation, à la transgression. Accès possible à l’éblouissement.

 

                                                           (mars 2003)  

 

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